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Urquiola dans tous ses états…d’âme

14 juin 2008

Généralement, parler d’un designer, c’est décrire ses oeuvres en ayant recours à des métaphores poétiques, des concepts flatteurs. Mais évoquer Patricia Urquiola, c’est s’intéresser à la personnalité même de la femme, qui se livre avec toutes ses contradictions et ses écorchures. Son parcours atypique est sûrement révélateur d’un esprit curieux et éclectique.

Née en 1961 à Oviédo en Espagne, elle est très tôt fascinée par le travail de la main. Elle suit une formation d’architecture à Madrid, qu’elle poursuit à l’Ecole Polytechnique de Milan. Elle est décidément imprévisible, les autoroutes balisées l’ennuient, elle préfère s’enrichir de ses détours. Une espagnole en Italie, un destin d’architecte qui dévie vers le design. Sa double culture latine émerge dans ses oeuvres: une exubérance adoucie d’une délicatesse toute féminine; sa formation lui donne le goût des formes où l’énergie, la lumière et l’air circulent sans entrave. Elle devient assistante de Vico Magistretti et Achille Castiglioni.

De 1990 à 1996, elle est responsable du bureau de développement des produits chez De Padova , et crée avec Magistretti les fauteuils Flower, Loom Sofa et Chaise Longue. 1996, elle dirige le bureau de design Lissoni Associeti. Jusque-là donc, elle s’était entourée de collaborateurs, galvanisée par le brassage des créativités du groupe. Mais son vécu de femme va influencer celui du designer: elle divorce. Remise en question. Une femme, Patrizia Moroso, la réclame. Cette confiance qu’on lui accorde à elle seule sera un catalyseur déterminant. De ce partenariat prolifique, qui perdure, naîtront des créations qui l’ont rendue célèbre: le canapé Lowland (2000), le fauteuil Fjord (2002), la chaise-longue Antibodi (2006).

En 2001, elle fonde enfin, à 40 ans, son propre studio. Une grande table avec trente cerveaux qui cogitent. La communication reste fondamentale, même si aujourd’hui, c’est elle le chef d’orchestre, avec ses clients, ses assistants, d’autres designers et architectes, et des artisans. On la dit survoltée, stressante, stimulante. Elle a en permanence mille idées en tête qui font leur chemin, et dont surgit, sans prévenir, un projet. Son studio est à l’image de cet esprit bouillonant :des prototypes qui jonchent le sol, des étagères recouvertes d’objets hétéroclites, comme des poupées japonaises ou des bijoux. C’est d’ailleurs un bracelet qui lui a inspiré la lampe suspendue Caboche et une bague, la lampe de table Bague, le tout Foscarini. Elle confia à Designboom (en mars 2007), qu’elle avait alors deux livres de chevet: l’un sur le recyclage et l’autre sur le concept du vide. Tout est dit. Quand on lui demande de qualifier son parcours, elle parle d’une “longue et belle danse”. En ce qui concerne son travail, n’attendez pas d’elle qu’elle développe une théorie superfétatoire. Elle dit créer par instinct, en puisant dans son enfance, sa culture, son histoire. A Elle Déco, elle avoue être “une névrosée des émotions”. Voilà donc ce qui nous rend si proches de ses créations: elle y met de la vie, de la chair, du palpitant. Voilà aussi ce qui la distingue de ses confrères: c’est un peu d’elle-même que vous exposez dans votre salon. Il y a une nostalgique attendrie dans le Pavo Real (Driade), une femme complexe dans Antibodi, une petite fille insolente dans le Log (Artelano). Couronnée de prix (dont le Nombre d’Or décerné par le Salon du meuble en 2007 pour Log, le Elle Déco Design Awards pour la baignoire Pear pour Agape en 2008), courtisée par les plus grands noms, elle reste pétrie de doutes et de peurs.

Madame, ce sont vos déséquilibres, vos fulgurances, vos battements de coeur qu’on réclame encore et encore.



Posté dans : design, designer, luminaire, mobilier


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