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Pierre Paulin: un libre penseur à l’honneur

25 avril 2008

Vous n’avez pas pu échapper à l’hommage universel qu’on rend à ce designer pourtant ignoré pendant une quinzaine d’années. Actuellement exposé à la galerie du Mobilier national des Gobelins, sacré designer 2008 au Salon Maison et Objet, bientôt au Grand Cornu en Belgique, récemment à la Villa Noaille à Hyères, il est partout. On semble redécouvrir ce créateur prolifique et cependant notre mémoire collective est imprégnée de ses créations comme des réminiscences d’une époque plus insouciante et effrontée. En 1951 (il a 24 ans), il visite les pays du Nord et tombe amoureux de leur mobilier en bois clair et aux formes épurées, produit en série et à petit prix, et donc accessible au plus grand nombre. Découverte déterminante car il garde encore aujourd’hui cette vision du design comme étant au service de la collectivité; ” Je suis un petit service public “ dit-il. Repéré par Thonet, il est révélé en 1953 au Salon des Arts Ménagers. A partir de 1958, récupéré par Artifort, il met en pratique sa théorie inébranlable du design: il privilégie le confort, l’ergonomie et tend à intégrer la technologie à l’artisanat pour créer de la nouveauté. Il éprouve la nécessité d’avoir recours à un tissu élastique qu’il découvre dans une usine fabriquant des maillots de bain. Il en recouvre ses structures métalliques garnies de mousse Pirelli. Naissance de sièges mythiques du XXème siècle: le Mushroom (1959), la Tongue (1964), et le Ribbon Chair (1965). Fidèle à son idée d’envelopper les corps, il travaille autour de deux concepts: la bande et le coussin enfoncé.

En 1971, les Pompidou font appel à lui pour aménager leur appartement privé à l’Elysée. Belle opportunité pour apporter un souffle d’air frais sur la création en France, qu’il juge en retard. Le président impose son cahier des charges: pas de bruit et on ne touche pas aux structures existantes. Il fait donc fabriquer des panneaux gainés de son fameux tissu, qu’il monte sur place comme un mécano, pour restructurer l’espace. Les contraintes le stimulent et il les perçoit comme autant d’occasions exalter sa créativité. Table lumineuse, lustre en tubes de cristal qui tapisse tout le plafond, canapé voluptueux qu’on qualifierait aujourd’hui de lounge, le résultat est d’une incroyable modernité.

Paulin, un visionnaire? Il ne s’encombre pas de ce genre de qualificatif. Déplorant la starisation des designers actuels, il fustige la France pour sa prétention malgré son passéisme flagrant et s’il admire la Scandinavie et le Japon, c’est aussi parce qu’ils restent “humbles dans leur rapport à la vie, à la nature et aux autres”. La France s’essoufflerait, donc…On admet volontiers que la création est indissociable d’une certaine souffrance, or la jeune génération semble peut encline à ce petit sacrifice. Par paresse sans doute, ou par appétit d’immédiateté. “Malgré les techniques contemporaines formidables, les designers et les architectes d’aujourd’hui sont moins bons que ceux du passé. Je mets ça sur le compte de la télévision, du bourrage de crâne de l’université, de la communication, qui a tout remplacé, même l’art “. Constat radical et discutable, mais qui a au moins le grand mérite d’être contestataire et irrévérencieux.

Le design aujourd’hui s’est arrogé une telle aura qu’il s’est réfugié dans une sphère élitiste et que nul n’oserait le soumettre à la moindre critique. Paulin peut se le permettre et toute la profession de l’encourager en silence. Douze de ses meubles sont toujours commercialisés, Ligne Roset réédite le bureau dit CM 141, sa côte s’envole, bref, s’il a des leçons à donner, on l’écoute respectueusement. Quand on l’interroge sur le secret de sa longévité, il répond qu’il a ” la chance de créer des objets qui durent”.

Bon, mais encore, comment atteint-on ce statut d’icône? En se mettant au service des autres. Paulin a créé dans l’anonymat des sièges pour l’administration et une multitude d’objets industriels pour Thomson, Calor, Erickson…Altruiste, le design? Sans vouloir offenser personne, reconnaissons que le nom qui signe un meuble a désormais plus d’importance que son ergonomie ou son innovation. Mais il faut aussi se réjouir que le design se fasse une place de choix dans les rayons des enseignes comme Leroy Merlin ou Fly et sur les innombrables sites de vente par internet. La classe dite moyenne devait se contenter d’un intérieur fonctionnel mais à l’esthétique médiocre, elle peut aujourd’hui profiter d’un choix inspiré des créations des plus grands noms. Non pas qu’on puisse comparer Starck superstar à Paulin mais citons le comme une extrapolation ou une boutade, à votre guise: “Le manque absolu rend intelligent. Il faut survivre, il faut se débrouiller, il faut inventer.Notre société nous gave tellement que repus, nous endormons notre vigilance. D’autres sont encore en train d’inventer chaque minute leur vie. Pour moi, sans folklore, cette non-production est l’élégance absolue”



Posté dans : design, designer, mobilier


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