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A la recherche du temps perdu

14 septembre 2008

Souvenez-vous, c’était il y a une dizaine d’années.
Les plus contestataires d’entre nous, perplexes face à l’uniformisation de la mode, ont fouillé dans les placards de leurs parents ou ont arpenté les couloirs des puces pour dénicher la veste en velours, la besace en cuir craquelé ou le borsalino râpé.

Ainsi vont les tendances, il y a ceux qui les créent, ceux qui les suivent et ceux qui font mine de les ignorer.
Toujours avides d’inédit, elles se nourrissent de l’imagination des esprits anticonformistes.
La mode Vintage était née et a vite séduit tous ceux qui supportent mal d’être un misérable atome perdu dans la masse laborieuse, consommatrice, esclave d’elle-même.

On veut des pièces uniques, qui ont de plus l’avantage délicieux d’être imprégnées d’une époque que l’on n’a pas connue, mais dont on rêve comme d’un âge d’or révolu.



Pour cette foule de nostalgiques éplorés, le Salon du Vintage offrira les 27 et 28 septembre le privilège de s’approprier des parcelles du passé.
Nous avons tous éprouvé une émotion teintée de fascination et de mélancolie, interpelés par la vitrine d’un antiquaire. Le mobilier XVIIIème est réhabilité au point que les designers les plus en vogue le revisitent en lui greffant des touches XXIème.
Mais le Design proprement dit a aujourd’hui presque un siècle. Et ses débuts suscitent le même enthousiasme que la mode vestimentaire.

Mus par le désir de personnaliser leur intérieur, les Français se sont mis à dévaliser les vide-greniers et à chiner un moulin à café, une bouille à lait, des draps en lin brodés.
Et voilà qu’aujourd’hui, les designers prônent la récupération.

Deux déferlantes, écologie et nostalgie, qui convergent vers cette inéluctable engouement pour les objets qui ont fait le quotidien de nos aieux, témoins muets des palpitations de leurs vies.
Sommairement, le Vintage désigne les objets, si possible cultes, des années 20 aux années 80. Et chacun d’eux symbolise un tournant majeur dans l’évolution du design, et plus largement dans l’Histoire, fruits de mouvements culturels que leurs initiateurs défendaient corps et âme comme s’il fût question de se libérer du joug d’un dictateur.
Peut-être aussi sommes-nous assoiffés de cette fougue, de cette adhésion totale à ses idéaux, de cet élan révolutionnaire, dont nos esprits, englués dans une société normalisée et confortable, manquent cruellement.

Comme les enfants qui sélectionnent avec exigence leurs trésors qu’ils ramassent au gré de leurs pérégrinations rêveuses, il faut se rendre chez XXO pour trouver des pépites plus ou moins rares du Vintage.
La caverne d’Ali Baba pour les blasés d’Ikéa.

Petite récapitulation de ces icônes du XXème siècle.

Années 20, années folles.
La guerre et son armée de peurs et de privations se sont tues. On fête le retour à la vie dans l’euphorie, la luxure, les matières rares, un mode vie raffiné et un mobilier qui lui sied comme un gant de satin noir.
Mais plusieurs groupes se forment pour lutter contre cette sophistication stylistique destinée à l’élite.
L’UMA, l’Union des Artistes Modernes,dont Le Corbusier fut un membre prolifique, le Bauhaus en Allemagne, fondé par Walter Gropius, et le mouvement De Stilj, mené par Mondrian aux Pays Bas, tous prônent une production industrielle et des formes simples, géométriques, influencées par le cubisme.

Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret, Jean Prouvé, Mies Van Der Rohe, Marcel Breuer sont quelques uns des grands noms du Fonctionnalisme. Leurs créations intègrent des plaques de verre et des tubes d’acier, si bien qu’elles se sont intégrées sans peine dans les lofts des citadins qui rêvent d’une vie d’artiste, très à l’aise dans leur écrin de poutres de métal et de béton ciré.

Les années 50 sont caractérisées par deux revendications quasi contradictoires.
Les designers scandinaves comme Alvar AAlto, Eero Saarinen et Arne Jacobsen réhabilitent les matières naturelles comme le bois et le cuir. A caresser des yeux et à respirer comme un bon cigare à la Galerie Dansk.

Dans nos intérieurs contemporains, ils évoquent une certaine douceur de vivre, un confort simple et élégant, comme s’ils se suffisaient à eux-mêmes, sans recours à des artifices superflus. Un dénuement paisible et contemplatif.
D’autre part, Raymond Loewy déclare que “la laideur se vend mal”. Il sera le premier designer industriel et donnera aux objets du quotidien le droit d’être beaux.
De nouveaux matériaux sont apparus: nylon, plexiglass, polyester, polystyrène. Le territoire du possible devient infini: toutes les formes sont désormais réalisables.

Verner Panton, Izamu Noguchi se consacrent à des formes organiques, souples, intemporelles. Leur mobilier s’accorde volontiers avec d’autres styles, tant il est discret sans être fade, vivant sans être envahissant, poétique sans être onirique. A tel point que ce sont eux les véritables acteurs du film “Mon Oncle” de Jacques Tati, que l’on regarde aujourd’hui comme un documentaire un brin caustique sur la société de consommation émergente.

Ouaaah, les sixties.
Qui ne connait pas le yéyé, le oola oop, Salut les Copains, le Flower Power? Libération des moeurs, tous les standards explosent. On danse sur du disco, on s’aime à plusieurs, on montre ses jambes, on fume du cannabis et on hal_lu_cine. Le Pop, quoi…

Les designers italiens contribuent très largement à la génèse du style spécifique de cette époque insouciante. Aujourd’hui, dans les salles des ventes, la côte de Gio Ponti s’envole, tant on redécouvre l’empreinte transalpine. Elle a le secret d’unir une dose d’épicurisme assumé avec une certaine retenue aristocratique.

C’est l’apogée du plastique, des couleurs éclatantes et surtout du orange, et de la télévision. On a vu l’homme marcher sur la lune alors on se met à rêver de soucoupe volante, à imaginer les intérieurs d’un futur de science-fiction. Nous voilà les yeux rivés sur demain.
Joe Colombo clame l’Antidesign: il s’agit de repenser l’habitat à partir du design et non de l’architecture. Le mode de vie a changé, le mobilier se doit de s’adapter: enveloppant, ergonomique, généreux avec les corps qui se découvrent et s’épanouissent.

Les années soixante-dix sont celles du béton, des barres d’immeubles dénués d’humanité. La crise.

De mauvais augure. Nous voilà en 80 et son désenchantement et son air blasé par la course effrénée au succès. Les Punk se réfugient dans l’anarchie en hurlant “No future”.
Le Radical Design, défini par le Groupe de Memphis dirigé par Ettore Sottsas, fait preuve d’un humour outrancier, d’une provocation ostentatoire, comme une rébellion désespérée contre un avenir irréversiblement noir.

Des pièces si présentes qu’elles sont mises au rang d’oeuvres d’art, frôlant le mauvais goût.

Que doit-on conclure de cet engouement pour l’esthétique de ces cinquante dernières années?
Sans doute qu’il est urgent que les designers se fédèrent autour d’une cause, au lieu de se focaliser sur leur notoriété.
L’Ecoconception, si il s’avère que c’est une démarche sincère, pourrait bien redonner foi au public en la création actuelle.



Posté dans : design, tendance


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